2005 : Google map et Cie – parce que les monstres ne se cachent pas que dans les placards

Souvenez-vous de cette Europe qu’on nous présentait forte, unie, solidaire et fraternelle, et posez-vous la question suivante : où était t’elle quand il s’agissait de contrer l’avancée de google ?

Propriété privée - défense de sortir
Le précieeeeeeeuuxxxxxx butin…

Car si Qwant, le moteur de recherche franco-allemand commence – enfin – à proposer une alternative sérieuse face au moteur américain, quasiment tous les autres services web européens sont, ou ont été, un échec.

L’hégémonie de youtube (filiale de google) est tellement insolente qu’il suffirait d’une simple « coupure » du service pour nous plonger dans un noir cinématographique quasi complet ! Et pour dailymotion et nos libertés, c’est encore pire depuis l’arrivée récente de facebook dans le rôle d’hébergeur !

Côté vente en ligne, si le « bon coin » et quelques autres sites sympas sont venus « casser » un ebay qui a eu son heure de gloire, paypal, en revanche, n’a toujours pas de concurrent européen à ce jour.

On s’attendait pourtant logiquement à voir nos très nombreuses banques européennes s’asseoir autour d’une table, et créer une solution de micro-paiement unifiée et efficace. Hélas, chaque banque européenne a joué dans son petit coin perso, et s’est magistralement plantée !

Ce cas d’école est une illustration parfaite de ce que souligne très justement M. Asselineau : il n’y a pas de peuple européen. L’Europe a voulu faire croire que ses citoyens et ses firmes allaient miraculeusement se tenir par la main, et chanter ensemble la « kumbaya ». Mais la réalité, c’est qu’avec ou sans Europe, chacun joue pour sa pomme, parce que nous sommes des peuples différents, avec des histoires et des cultures différentes.

Cela étant dit, nous n’avons pas besoin d’un semblant identitaire commun pour construire ensemble des choses. Ce n’est pas l’Europe de Bruxelles qui a créé Airbus Industrie, Arianespace, etc, mais bien une volonté industrielle de collaborer ensemble sur des projets qui dépassaient nos clivages culturels respectifs.

Cette mécanique « naturelle » de défense et de fonctionnement de nos pays n’a pas fonctionné en informatique, tout simplement parce que les américains ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour garder la main sur ce secteur stratégique, avec un lobbying farouche et effarant. Mais fermons ici cette parenthèse, et revenons à google et à notre paiement en ligne.

En France aujourd’hui, si vous voulez faire du commerce sur le web, vous avez intérêt à avoir un très bon C.A. mensuel, les Contrats de Vente à Distance étant particulièrement prohibitifs. Cette situation pousse naturellement les jeunes (auto-)entrepreneurs à continuer d’utiliser paypal, en offrant aux firmes US la liste complète de  leurs clients web ! Un autre effet pervers évident de cette situation est qu’elle permet aussi aux requins du web de repérer les startup innovantes, et de les dévorer au plus tôt, et au meilleur prix !

Enfin, la neutralité même du moteur de recherche de google est régulièrement remise en cause, via des procès plus ou moins discrets. Mais tant que le géant disposera d’une hégémonie totale sur la recherche en Europe, et notamment en France, il n’y aura aucune solution au problème, et tout le monde le sait parfaitement.

La clé du problème est dans les mains des internautes, ceux-là même que l’Europe s’emploie à garder complètement ignorants des enjeux stratégiques, politiques et économiques réels en informatique.

Et si la presse ou quelques autres gros acteurs arrivent parfois à faire entendre leur voix, je vous laisse imaginer le pouvoir absolu de google sur toutes nos PME/PMI qui n’ont aucun moyen de défense ! Allez donc prouver que le moteur à déréférencer sciemment vos produits, où qu’il s’emploie à vous classer très loin derrière vos concurrents dans ses pages de résultat – bonne chance !

Je le constate même au niveau de ce simple blog politique : d’un côté, google a privilégié pendant des semaines la page la moins importante de mon site, page dont j’avais pourtant explicitement demandé le non-référencement, et de l’autre, Qwant pratique désormais une omerta ouverte sur mon blog… Bref, personne ne joue franc jeu : celui qui détient le moteur de recherche, détient un pouvoir de vie et de mort sur les sites internet, sur la libre circulation de l’information, et sur l’emploi de millions de gens. Voilà le coeur du problème.

Pire encore : avec l’abandon des mécanismes de mots-clés, de sitemap, de robots, etc, survenu il y a quelques années, le pouvoir d’indexation des webmasters a totalement disparu, et l’opacité des moteurs, déjà inquiétante, a viré à l’obscurantisme le plus total ! Quoi qu’on en pense, les SEO (Search Engine Optimization), SEA (Search Engine Advertising) et SMO (Social Media Optimization) sont de la poudre aux yeux marketing, car le moteur fait quand même ce qu’il veut, et n’a de compte à rendre à personne quand il modifie son algorithme.

L’hégémonie de google et apple dans la téléphonie et le web mobiles n’arrange pas les choses. Avec le « torpillage » de Firefox OS en 2016, et celui de nokia en 2013, l’Europe a fait tout ce qu’elle pouvait pour se rendre 100% dépendante des fournisseurs américains, qui non content de lui louer ses terminaux jetables, s’amusent désormais à poser des câbles sous-marin, lancer des satellites, et prendre la main sur l’infrastructure même du net.

Bref, si nous n’arrivons pas à faire prendre conscience, très rapidement, aux citoyens français des enjeux réels de l’informatique, nous sommes perdus ! C’est aussi simple que cela !

Ceux qui croient naïvement que le monstre google va se calmer de lui-même demain n’ont pas tout compris. Si demain, google passe tous ses services en mode payant – et il a parfaitement le droit de le faire – quel choix restera t’il aux « candides » qui auront tout misé sur la gratuité trompeuse d’un jour ?

Le nouveau bolchévisme ?
Le nouveau bolchévisme ?

Tout le monde se souvient du très lointain slogan de google « Don’t be evil » (ne soyez pas méchant).

Mais déjà en 2010, la firme se faisait pincer pour avoir « sniffé » nos réseaux WiFi depuis ses voitures, ce qui donnera lieu à une condamnation assez ridicule de la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés), dont le bilan pourrait se résumer en trois points : un organisme qui ne protège rien, n’a aucune indépendance financière, et dont l’avis est purement consultatif.

En fait, la CNIL française n’a qu’un rôle : jouer le parfait exutoire de tous les gouvernements français successifs. Malgré les obligations légales de façade, qui imposent aux firmes américaines de déclarer ce qu’elles viennent nous piquer dans notre dos, la CNIL n’a pas les moyens de surveiller réellement ces flux cryptés qui rentrent et sortent de nos ordinateurs. Là encore, un simple texte de loi, obligeant ces flux à pouvoir être analysés par une autorité nationale indépendante, permettrait au moins d’en savoir plus, et de nous protéger en partie des grandes oreilles de Washington. Mais non : l’Europe et la France ont décidé de fermer les yeux, la bouche, et les oreilles, et de signer un blanc-seing aux firmes US !

La cartographie est un autre secteur particulièrement prisé du géant. Rappelons que là encore, la CNIL a laissé faire, alors que le peuple français n’a jamais donné son accord explicite pour voir son lieu de vie exposé sur internet. Au-delà des voyeurs qui utilisent l’outil pour franchir les haies de leurs voisins, on trouve d’autres conséquences collatérales, beaucoup plus sérieuses.

Ainsi un employeur potentiel peut désormais directement rechercher une photo du domicile de son candidat, et se donner une idée assez précise de son niveau de vie et de son environnement social, le tout sans bouger de son bureau.

Dans les pays anglo-saxons, où l’on juge les gens sur leurs compétences réelles, leurs savoir-faire et leur savoir-être, ce ne serait pas un gros problème. Mais nous sommes en France. Et sans même aborder les problèmes de religion, de racisme ou de xénophobie, on sait que ce pays est le seul assez con sur la planète, pour offrir des postes clés à des incompétents notoires sur leur seul pedigree, tout en allant condamner ses ingénieurs talentueux comme M. Serge Humpich en 2000, par exemple.

C’est un des gros problèmes en informatique : les dommages collatéraux des outils numériques sont systématiquement sous-estimés. On affiche toujours que le bénéfice immédiat, sans expliquer aux acheteurs les nombreux « travers » secondaires de ce qu’on leur a vendu. Et pour cause : les vendeurs eux-mêmes sont bien souvent parfaitement incompétents en la matière.

Plus globalement, l’hégémonie des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) est en train de ruiner notre pays et nos libertés, en plus de détruire nos emplois et notre culture.

Et si la sortie de l’Europe, de l’euro et de l’OTAN est une condition nécessaire et indispensable à une reprise du  contrôle de notre pays par le peuple souverain, elle ne suffira pas.

La véritable réponse viendra toujours du consommateur, qui, par ses actes d’achats, et par les outils qu’il utilise, reste le seul véritable responsable du pouvoir qu’il donne à ces multinationales.

Il est de la responsabilité de chacun que de savoir quel type de société il veut laisser aux générations futures, et de faire ce qu’il faut pour.